Retrouvez ici la retranscription de la première parution du journal “FRANCE”.
En août 1940, alors que la France est occupée par l’Allemagne nazie et que la voix des Français est muselée par la censure, paraît un journal clandestin porteur d’espoir et de résistance. Dans ses pages, il dénonce l’armistice signé avec Hitler et Mussolini, appelle à l’union des patriotes autour du général de Gaulle et affirme la volonté de poursuivre le combat aux côtés des alliés. Véritable cri de ralliement, ce texte témoigne de la détermination des Français libres, dispersés à travers le monde, à restaurer l’indépendance nationale et défendre les valeurs de liberté.
Transcription
FRANCE : LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE
JOURNAL QUOTIDIEN PARAISSANT À LONDRES
Copie réalisée par Mémoire d’Antan – Association généalogique loi 1915
FRANCE
(26 Août 1940)
VIVE LA FRANCE
La France est au mains de l’ennemi. Les Allemands occupent la plus grande partie de son territoire. Ils contrôlent directement ou indirectement, tous les moyens d’expression utilisés en France par les Français : la presse, le cinéma, la radio, les livres. Aucune voix venue de France ne peut exprimer librement les souffrances et les espoirs de nos compatriotes.
Un gouvernement français a signé avec Hitler et Mussolini des armistices désastreuses, au mépris de l’honneur et de l’intérêt de notre pays, au mépris de nos engagements formels. Des milliers de Français de la métropole, des territoires d’Outre-Mer et de l’Etranger se refusent à reconnaître ces armistices, dont le texte équivaut à une condamnation à mort de la patrie. Ces Français, hommes et femmes, militaires et civils, entendent demeurer, aux côtés de nos alliés, des belligérants.
Le Général de Gaulle a eu le courage de faire appel à ces patriotes français, dès les premières heures d’une capitulation honteuse. Il a promis au Monde, en leur nom, que des forces françaises continueraient la lutte jusqu’à la libération, jusqu’à la victoire. Il tient parole. Quelques semaines après l’armistice de Compiègne, le drapeau tricolore flotte au-dessus des camps d’entrainement emplis de troupes. Il flotte au mât de plusieurs bâtiments de guerre. Dans le ciel, nos aviateurs ont repris le combat.
Pour ceux qui se battent
Ce journal s’adresse, tout d’abord, à ceux qui se battent : aux soldats, aux officiers, aux marins, aux aviateurs, à tous les volontaires des Forces Françaises libres. Il s’adresse aux résidents français à l’étranger et, en première ligne, aux plus proches, à ceux de Grande Bretagne, ainsi qu’aux réfugiés qui ont pu échapper à l’occupation allemande. Il s’adresse aussi à tous les Français libres d’Outre Mer, dont il désire l’union. Bien que percevant l’immense disproportion entre sa taille, ses moyens et la tâche à accomplir, il espère atteindre les Français de l’Empire et même ceux de la métropole. En un mot, ce journal est destiné à tous ceux de nos compatriotes qui refusent la servitude et sont résolus à vaincre l’oppression étrangère. Il souhaite d’être lu par tous les amis de la France.
Ce ne sont pas des exhortations ou des conseils que nous désirons offrir aux Français. Nous voulons, plus modestement, leur donner à lire tous les jours, en langue française, ces informations exactes. Notre lutte et les sacrifices qu’elle comporte sont justifiés par des faits. Chaque jour, depuis la terrible date de la capitulation, des faits nous affirment avec éclat que nous avons raison d’espérer. La résistance foudroyante de la Grande Bretagne aux attaques aériennes allemandes, les contre-attaques de la Royal Air Force, le développement intense et rapide de l’aide américaine, l’organisation, par le Général de Gaulle, des forces combattantes françaises, l’esprit magnifique qui anime les soldats britanniques, français, polonais, hollandais, belges, norvégiens, tchèques, canadiens, sud-africains, hindous, australiens, néo-zélandais, réunis en Angleterre, dans le bastion européen de la liberté, les nouvelles, enfin, qui nous parviennent sur la France et sur son Empire, tous ces faits nous prouvent que rien n’est perdu.
Union des Français pour la liberté
Les Français de la résistance et de la victoire sont dispersés dans toutes les parties du Monde. Ils appartiennent à tous les milieux, à toutes les professions, toutes les religions, toutes les opinions, tous les partis. Il y a parmi eux des paysans et des citadins, des ouvriers et des patrons, des officiers et des soldats. Spontanément, ces hommes et ces femmes se sont mis d’accord sur une tâche très simple et très grande : la libération du territoire français, la restauration de l’indépendance de la patrie, le maintien des libertés qui sont nos plus nobles traditions, la fidélité à notre alliance avec la nation anglaise.
C’est cette noble cause qui servira notre journal, avec la volonté de rendre plus étroites chaque jour l’indispensable union et la solidarité de tous les Français libres.
La Rédaction
UN DEVOIR : COMBATTRE
par le Général de Gaulle
Pour ce journal qui naît dans la détresse nationale et qui ne travaillera qu’à la résurrection, aucun titre n’était possible sinon celui qu’il porte : “FRANCE.”
Car aucun Français n’a le droit d’avoir aujourd’hui d’autre amour, que la pensée, l’espoir, l’amour de la France.
Mais quoi ? La patrie a succombé sous les armes. Elle ne renaîtra que des armes.
Ceux qui voudraient croire ou faire croire que la liberté, la valeur, la grandeur, pourraient se recréer sous la loi de l’ennemi sont des inconscients ou des lâches.
Le devoir est simple et dur : il faut combattre.
Tout ce qui sert à frapper l’ennemi est donc utile et salutaire. Ainsi de “FRANCE” qui veut exhorter au combat.
Ce journal fera son devoir en répandant courage et confiance, en aidant les Français à s’unir dans la guerre, à s’unir avec les Alliés qui combattent auprès d’eux et, en partie, pour eux.
Ainsi, quelque jour, reparaitra la France, lavée de la honte et des larmes, la France tout entière, la France victorieuse.
DEUX VISITES ROYALES
par Eve Curie
Il y a deux ans, lors de la visite des souverains anglais en France, une des plus belles revues militaires que nous ayons jamais vues fut donnée à Versailles, en l’honneur du roi Georges VI.
L’armée française était intacte. La France était libre, grande. Nous étions les amis, les alliés de l’Empire britannique.
Il y a deux jours le roi George VI a été reçu “quelque part en Angleterre”, dans un camp d’entraînement, par les Forces Françaises libres. Il a passé en revue, aux côtés du Général de Gaulle, des détachements de volontaires.
A la même heure, des canons à longue portée, de fabrication française, établis par les Allemands sur notre littoral, bombardaient à travers la Manche les îles britanniques. A la même heure, des avions anglais bombardaient des champs d’aviation, des objectifs militaires en territoire français occupé: en Bretagne, en Pas-de-Calais, en Normandie, en Touraine, en Ile-de-France, – à quelques kilomètres de Versailles.
L’armée française est aujourd’hui dispersée et désarmée. Les Allemands sont à Paris, à Versailles, à Brest, à Bordeaux. La France est captive. Son territoire sert de base stratégique à l’Allemagne pour l’attaque de l’Angleterre. Les officiers et les soldats qui ont reçu le roi George VI avant hier sont condamnés à mort par le gouvernement français.
A deux ans de distance, le contraste des deux cérémonies est déchirant. En voyant paraître, à l’entrée du camp inondé de soleil, le roi George VI en uniforme de maréchal, portant, parmi ses décorations la Légion d’Honneur, en regardant le jeune Souverain, qui est aussi le plus gracieux officier d’Europe, passer lentement devant le front des troupes immobiles, dans un silence subit et bouleversant, je me souvenais de Versailles, et de cette même silhouette svelte de jeune officier britannique, entourée, dans la tribune officielle, de ministres et de généraux dont certains devaient accepter bien facilement l’écrasement de leur patrie.
Je me souvenais du défilé des régiments en armes, de ces musiques, de ces uniformes, de ces pas différents qui donnent à l’armée français une souplesse humaine, une sorte de jeunesse et de gaieté incomparables. Je me souvenais du fracas des tanks sur les pavés, du martèlement joyeux des sabots des chevaux, du bourdonnement insistant des avions. Je me souvenais, surtout, du cri ininterrompu de la foule française. Elle acclamait, dans la personne du Roi, le symbole de l’amitié franco-anglaise et le lien vivant entre toutes les parties de l’Empire Britannique.
Trois jours durant, un brasier d’enthousiasme flamba spontanément autour du roi George et de l’exquise reine Elisabeth. La foule de France, que menaçait déjà la catastrophe, appelait instinctivement au secours son armée, et faisait confiance pour la paix et pour la guerre, pour la bonne et la mauvaise fortune, au plus grand empire du monde.
L’armée française a subi le terrible choc de l’attaque allemande, et elle a été battue. Un gouvernement français a renié nos alliances, signé des armistices avec Hitler, avec Mussolini, et l’Empire Britannique a continué la lutte contre l’ennemi commun. Si aucun soldat français ne participait à cette lutte contre l’Allemagne, dont tout notre avenir dépend, la honte la douleur, seraient, pour nous Français, strictement intolérables.
Eve Curie
FRANCAIS APÔTRES DE LA LIBERTE
par M. Duff Cooper – Ministre de l’information
J’ai toujours aimé la France, et je ne l’aime pas moins dans ces jours de douleur et d’affliction que je ne l’aimais alors qu’elle était victorieuse et glorieuse.
Je me réjouis de l’arrivée dans ce pays de nombreux patriotes français qui croient toujours le peuple français capable de secouer le joug de la servitude qui lui a été imposé par l’Allemagne. Je suis sur que bonne d’entre eux qui ont eu la bonne fortune de s’enfuir pour quelque temps de leur propre pays et de jouir de l’hospitalité de la Grande-Bretagne représentent des millions de leurs compatriotes dont les espoirs et les désirs reposent maintenant sur la victoire britannique, parce qu’ils savent qu’aucune autre route ne peut conduire à la restauration de l’indépendance et de la liberté de la France.
Je me félicite de l’apparition d’une nouvelle publication français qui sera la voix de l’opinion non seulement des Français libres qui se sont réfugiés dans notre pays, mais aussi des millions de Français qui sont toujours en France et qui aspirent à redevenir libres.
Porte-drapeaux
Les Français ont été pendant longtemps les apôtres de la liberté et les porte-drapeaux du progrès. Ils ont été à l’avant-garde de la lutte européenne pour la liberté. Pendant plus d’un demi-siècle, les yeux de tous ceux qui souhaitent la liberté ont été tournés vers Paris. A présent, ils ont dirigés vers Londres, mais ce ne sera que pendant un bref intervalle. La Grande-Bretagne et la France indiqueront de nouveau la voie aux peuples libres de l’Univers et il ne pourrait pas y avoir de meilleur gage de leur union future que la publication à Londres d’un journal français où des Français seront à même d’exprimer les opinions et les idéals qui nous sont communs.
RESTAURER LA FRANCE DANS SON INDEPENDANCE ET SA GLOIRE
C’est sur cette déclaration de M. Churchill que s’affirme la collaboration des français libres et des anglais
Les Français qui se sont groupés en Angleterre depuis la signature des deux armistices par lesquels leur pays a été abandonné au bon plaisir des Allemands et des Italiens ont été entraînés par un élan facile à définir.
Ils ont voulu protester contre l’espèce de zèle que le gouvernement de Bordeaux et de Vichy apportait à satisfaire aux exigences des vainqueurs. Ils ont voulu réagir contre une politique pitoyable qui consiste à livrer à l’ennemi tous les éléments de l’actif français, non seulement ceux qui ne pouvaient plus être défendus, mais même ceux qui pouvaient encore être soustraits à la rapacité de deux nations liguées pour détruire à jamais la France.
Les Français qui sont réunis en Angleterre depuis la fin de Juin n’ont pas cru une seconde que l’Allemagne ou que l’Italie adouciraient leurs conditions de paix envers la France parce que le gouvernement de Vichy aurait abandonné à Hitler et à Mussolini, en plus du territoire et des armées de la métropole, tout l’empire colonial, les avions, les navires. Ils n’ont pas cru la guerre définitivement perdue parce qu’une imprévision criminelle avait fait perdre une bataille. Ils ont gardé leur foi dans la France, pensant qu’elle pouvait affirmer outre-mer sa volonté de vivre libre. Ils ont conservé l’espoir en notre délivrance finale par la victoire de l’Angleterre et de ses Alliés.
Pour n’être pas d’inutiles spectateurs de la lutte dont notre vie nationale dépend, ils ont voulu miser tout leur être, engager leurs personnes avec la nation alliée qui porte désormais leur chance de salut.
Car, enfin, nous sommes les Alliés de l’Angleterre, chacun de nous avait voulu et sanctionné cette politique comme l’avait fait chaque Anglais. Et l’Angleterre est restée fidèle à l’alliance. Elle en a même dépassé les termes en nous offrant, au plus noir moment de notre bataille et par la bouche de Mr. Winston Churchill, l’union étroite des deux nations que le gouvernement de Bordeaux a refusée.
Cette décision de rester fidèles à l’alliance, de maintenir une France symbolique d’abord et puis, peu à peu, réelle et agissante hors de la France vaincue et pour reconquérir celle-ci, chacun de nous, Français réunis en Angleterre, l’a prise en quelque sorte instinctivement. Aucun membre conscient de la communauté française ne pouvait accepter que la France tombât à genoux avec une partie de ses forces intactes et avec ses territoires impériaux à l’abri des entreprises immédiates de l’ennemi.
Cet élan, naturel en somme de la part de nos compatriotes, aurait pu ne pas rencontrer un accueil aussi spontané de la part des Anglais. Ceux-ci venaient d’être durement secoués par l’issue de la bataille de France. Malgré tout ce que l’on a pu dire justement des responsabilités communes, des Alliés dans les années d’avant-guerre, c’était le Gouvernement, c’était le Commandement français qui étaient chargés de la conduite des opérations terrestres.
Enfin et surtout, les attaques violentes que le Gouvernement de Bordeaux et de Vichy lança, dès l’armistice signé, contre l’Angleterre dont les blessés et les morts jonchaient encore le sol français, auraient pu provoquer à bon droit l’étonnement et l’amertume du peuple britannique.
Il n’en fut rien. Ou du moins il n’en parut rien. Toutes les manifestations, publiques et privées de l’opinion anglaise, ont donné l’impression que celle-ci s’abstenait de juger une série d’évènements complexes et trop proches encore, qu’elle suspendait ses réactions diverses pour n’exprimer que l’amitié. Chacun avec délicatesse, distinguait nettement la France, des hommes qui, placés à sa tête, venaient de sanctionner si platement la défaite. Enfin et surtout, on s’intéressait individuellement aux Français venus en Angleterre.
Tout le monde a pu voir dans les campagnes, sur les routes, les familles anglaises aider des soldats de chez nous à porter leurs équipements, les orienter, les héberger. Les enfants, dont l’attitude est évidemment sans artifice, associaient leur zèle à celui des grandes personnes. Le 14 Juillet dernier, nos officiers et nos soldats étaient salués dans les rues de Londres par des cris de “Vive la France !”. Et les Anglais qui lançaient ces acclamations avaient souvent les yeux pleins de larmes. Dans certains centres de province, aux abords des camps où s’exercent nos soldats, des gens s’empressent pour aider nos compatriotes, les ravitailler, les distraire. Partout les soldats anglais saluent scrupuleusement nos officiers. D’innombrables femmes anglaises s’occupent de placer les Français civils sans travail. Disons les choses crûment : l’Angleterre accueille les Français, coopère avec eux sans revenir, fût-ce d’un mot, sur les revers communs d’hier. Elle se tourne avec eux sans réserve vers la tâche qui compte seule : préparer la victoire pour demain. Cela est beau.
Cette espèce d’objectivité calme apparaît dans les propos des humbles comme dans les paroles des premiers des Anglais. On entend des ouvriers, des paysans qui se demandent en conscience comment l’Angleterre pouvait montrer utilement son amitié aux Français dans les circonstances actuelles. Ils font un effort d’émancipation, ils écoutent les avis de nos compatriotes. D’autres part le Roi et la Reine visitent les blessés français dans les hôpitaux, les soldats français dans les camps, et ils expriment volontiers le souvenir qu’ils gardent de leur dernière visite les blessés français dans les hôpitaux, les soldats français dans les camps, et ils expriment volontiers le souvenir qu’ils gardent de leur dernière visite en France.
Cet état d’esprit fidèle que la nation britannique affirme dans de multiples traits, il appartenait à Mr. Winston Churchill de la traduire sur le plan de la politique mondiale. Il l’a fait, non pas une fois mais à plusieurs reprises en déclarant que l’Angleterre inscrit parmi ses buts de guerre la restauration de la France dans son indépendance et dans sa gloire.
Voilà une parole qui couronne bien l’attitude de la nation britannique envers la France. Chaque français peut s’y attacher comme à un fait. Il peut y trouver non seulement le point nécessaire en vue de reconstituer notre nation, mais aussi le premier élément de cette union franco-anglaise sur laquelle il faudra bien fonder après la victoire l’indispensable réorganisation européenne.
NOS ECHOS
La grosse Bertha
Le bombardement de la côte anglaise par les grosses pièces allemandes aura rappelé à tous les Français la Grosse Bertha de 1918 à laquelle est dû l’horrible destruction de l’Église de St. Gervais.
Mais ils n’auront point non plus oublié que si les premiers bombardements produisirent quelque émotion, les Parisiens s’y accoutumèrent fort vite et vaquèrent à leurs affaires sans se soucier de la Grosse Bertha.
En panne
M. Chautemps a-t-il réellement été chargé de mission en Amérique du Sud par le Ministère Pétain ?
La nouvelle a été donnée il y a quelque temps. De source allemande, on annonce que l’ancien Ministre n’est pas parti et qu’il ne partira point.
La presse hitlérienne avait, il y a quelque temps, accusé M. Baudouin d’avoir donné à M. Chautemps un passeport diplomatique et d’avoir ainsi facilité sa fuite.
Sans doute, M. Baudouin a-t-il pris peur et est-il revenu sur sa décision.
M. Chautemps, s’il est vraiment retenu à Perpignan, doit faire d’amères réflexions: avoir tant fait pour amener la capitulation et être si durement traité par Hitler et les hommes à sa dévotion, il y a évidemment de quoi faire regretter une attitude systématiquement pro-allemande !
On n’est jamais trahi que par les siens !
Le théâtre à paris
M. Abetz et le général allemand qui commande le corps d’occupation en France, veulent donner l’illusion que la vie reprend à Paris. Ils ont indiqué que les théâtres rouvriraient.
Il se trouve, hélas !, quelques Français pour faciliter leur entreprise: M. Sacha Guitry, notamment, qui accepte qu’en plein mois d’Août, on donne la première d’une de ses pièces au théâtre de la Madeleine !
MADAME THÉRÈSE
par Erckmann-Chatrian
Le médecin du pays
Nous vivions dans une paix profonde au village d’Anstatt, au milieu des Vosges allemandes, mon oncle le docteur Jacob Wagner, sa vieille servante Lisbeth et moi. Depuis la mort de sa sœur Christine, l’oncle Jacob m’avait recueilli chez lui. J’approchais de mes dix ans; j’étais blond, rose et frais comme un chérubin. J’avais un bonnet de coton, une petite veste de velours brun provenant d’une ancienne culotte de mon oncle, des pantalons de toile grise et des sabots garnis au-dessus d’un flocon de laine. On m’appelait le petit Fritzel au village, et chaque soir, en entrant de ses courses, l’oncle Jacob me faisait asseoir sur ses genoux pour m’apprendre à lire en français dans l’Histoire naturelle de M. de Buffon.
Il me semble encore être dans notre chambre basse, le plafond rayé de poutres enfumées. Je vois, à gauche, la petite porte de l’allée et l’armoire de chêne; à droite, l’alcôve fermée d’un rideau de serge verte; au fond, l’entrée de la cuisine, près du poêle de fonte aux grosses moulures représentant les douze mois de l’année, – le Cerf, les Poissons, le Capricorne, le Verseau, la Gerbe, etc., – et, du côté de la rue, les deux petites fenêtres qui regardent à travers les feuilles de vigne sur la place de la Fontaine.
Je vois aussi l’oncle Jacob, élancé, le front haut, surmonté de sa belle chevelure blonde dessinant ses larges tempes avec grâce, le nez légèrement aquilin, les yeux bleus, le menton arrondi, les lèvres tendres, et bonnes. Il est en culotte de ratine noire, habit bleu de ciel à boutons de cuivre, et bottes molles à retroussis jaune clair, decant lesquelles pend un gland de soie. Assis dans son fauteuil de cuir, les bras sur la table il lit et le soleil fait trembloter l’ombre des feuilles de vigne sur sa figure un peu longue et hâlée par le grand air.
C’était un homme sentimental, amateur de la paix; il approchait de la quarantaine et passait pour être le meilleur médecin du pays. J’ai su depuis qu’il se plaisait à faire des théories sur la fraternité universelle, et que les paquets de livres que lui apportait de temps en temps le messager Fritz concernaient cet objet important.
Notre Lisbeth
Tout cela je le vois, sans oublier notre Lisbeth, une bonne vieille, souriante et ridée, en casaquin et juppe de toile bleue, qui file dans un coin; ni le chat Roller, qui rêve, assis sur sa queue, derrière le fourneau, ses gros yeux dorés ouverts dans l’ombre comme un hibou.
Il me semble que je n’ai qu’à traverser l’allée pour me glisser dans le fruitier aux bonnes odeurs, que je n’ai qu’à grimper l’escalier de bois de la cuisine pour monter dans ma chambre, où je lâchais les mésanges que le petit Hans Aden, le fils du sabotier, et moi, nous allions prendre à la pipée. Il y en avait de bleus et de vertes.
Nous allions faire du feu dans le gazon et cuire des pommes de terre sous la cendre.
Oh! le bon temps! Comme tout était calme, paisible au tours de nous! Comme tout se faisait régulièrement! Jamais le moindre trouble: le lundi, le mardi, le mercredi, tous les jours de la semaine se suivaient exactement pareils.
Chaque jour on se levait à la même heure, on s’habillait, on s’asseyait devant la bonne soupe à la farine apprêtée par lisbeth. L’oncle partait à cheval; moi, j’allais faire des trébuchets et des lacets pour les grives, les moineaux ou les verdiers, selon la saison.
Le soir, j’avais bon appétit, l’oncle et Lisbeth aussi, et nous louions à table le Seigneur de ses grâces.
Tous les jours, vers la fin du souper, au moment où la nuit grisâtre commençait à s’étendre dans la salle, un pas lourd traversait l’allée, la porte s’ouvrait, et sur le seuil apparaissait un homme trapu, carré, large des épaules, coiffé d’un grand feutre, et qui disait:
“Bonsoir, monsieur le docteur. – Asseyez-vous, mauser, répondait l’oncle. Lisbeth, ouvre la cuisine.”
Lisbeth poussait la porte, et la flamme rouge, dansant sur l’âtre nous montrait le taupier en face de notre table, regardant de ses petits yeux gris ce que nous mangions. C’était une véritable mine de rat des champs: le nez long, la bouche petite, le menton rentrant, les oreilles droites, quatre poils de moustache jaunes, ébouriffés. Sa souquenille de toile grise lui descendait à peine au bas de l’échine; son grand gilet rouge, aux poches profondes, ballotait sur ses cuisses, et ses énormes souliers, tout jaunes de glèbe, avaient de gros clous qui se suivaient exactement pareils.
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A TRAVERS LE MONDE
La première Manche
Voilà bientôt trois semaines que Hitler a commencé, le 8 Août, contre la Grande-Bretagne cette offensive aérienne qui, combinée avec l’invasion des îles Britanniques, devait avoir raison de la résistance anglaise en un court délai, selon les méthodes éprouvées de la Blitzkrieg. Aucune des tactiques employées n’a donné les résultats attendus: “Nous avons gagné la première manche,” pouvait avec un légitime orgueil écrire “Le Times.” La force de la Grande-Bretagne n’est pas atteinte, sa résolution est intacte. L’esprit d’offensive est plus vivace que jamais. C’est ce que le premier britannique a admirablement expliqué dans son discours aux communes du 20 Août.
Et la Russie ?
Depuis plus d’une semaine, l’Italie fait mine de vouloir se précipiter sur la Grèce.
La Grèce a fait savoir qu’elle ne renoncera pas à la garantie britannique qui prendrait la forme d’un appui naval, aérien, et même militaire. La Turquie ne peut admettre que l’Italie, à la faveur d’une action contre la Grèce, se rapproche de ses centres vitaux.
Que ferait la Russie? Dans son discours du 15 Août, M. Molotov a réaffirmé la neutralité de l’Union Soviétique. Mais cette neutralité a pour limite “les intérêts” de l’Etat russe, tels que Staline les comprend. Peut-il accepter que l’Italie se rapproche des Dardanelles?
Ordre nouveau
Le Japon qui avait paru dans les semaines précédentes, décidé de profiter de la situation européenne pour s’assurer quelques avantages sérieux en Extrême-Orient s’est soudain apaisé. On a relâché, à Tokyo, les ressortissants britanniques qui avaient été arrêtés; la campagne anti-anglaise s’est assoupie. Mais les extrémistes japonais, sous l’influence de l’Allemagne, ne renoncent pas à leur rêve d’un “ordre nouveau” dans lequel seraient inclus, outre la Chine, les Indes néerlandaises et l’Indochine française.
LA CONFÉRENCE ROUMANO-BULGARE
Les délégations se sont mises d’accord sur la Dobroudja
Bucharest, 25 Août. – Les délégations roumaines et bulgare à Craiova ont adopté la date du 10 Octobre pour l’évacuation de la Dobroudja méridionale.
Voici, d’après un communiqué officiel publié à Craiova les modalités de l’accord:
- Les habitants des provinces cédées peuvent dès maintenant évacuer leurs biens.
- Un échange de population implique aussi certaines concessions territoriales mais n’oblige pas les Roumains à abandonner immédiatement leurs récoltes et leurs maisons. La moisson sera faite en temps voulu par les paysans.
- Les négociations roumano-bulgares se poursuivent dans un esprit d’entente. Les paysans roumains pourront emporter ultérieurement leurs biens.
L’armée et les autorités sont à leur poste et il n’y a aucune raison d’inquiétude.
UN RAID SUR MALTE
Malte, 25 Août. – Dans un raid ce matin, des bombardiers ennemis accompagnés de chasseurs ont lancé des bombes causant de faibles dégâts. Un avion ennemi fut abattu par nos chasseurs et le pilote capturé. On croit qu’un autre avion ennemi a été endommagé. Il n’y a ni morts, ni blessés à signaler. – (Reuter.)
La campagne Italienne contre la Grèce continue
Rome, 25 Août. – Une nouvelle liste des “Atrocités grecques” est donnée aujourd’hui dans le journal Tomori, annonce Agence Stefani.
L’Agence Italienne ajoute que: “les noms des victimes et le lieu où les atrocités ont été commises sont cités.” – (Reuter.)
Les “clippers” feront escale aux Bermudes
WASHINGTON, 23 Août. – Le gouvernement des Etats-Unis a fait savoir que les “Clippers” pouvaient maintenir leur escale des Bermudes et qu’il ne faisait pas d’objection à la visite douanière à laquelle ils y étaient soumis de la part des autorités anglaises.
On sait que les Allemands d’Amérique avaient pris l’habitude d’expédier par la voie des “Clippers” toutes sortes de marchandises à destination de l’Allemagne.
“L’INVASION DE LA GRANDE-BRETAGNE EST MOINS PROBABLE MAINTENANT”
Dit la presse Américaine
New-York, 25 Août. – “L’invasion de la Grande-Bretagne paraît maintenant moins probable en raison de l’approche de l’automne,” écrit ce matin le New-York Times.
Un autre article dans le même journal, analysant la campagne allemande contre la Grande-Bretagne qui se poursuit depuis deux mois estime que les résultats sont indécis. En même temps, il constate un réveil sur les autres fronts.
“Il paraît probable, écrit le rédacteur, que les Allemands ont perdu plus d’avions que les anglais; probablement dans la proportion de deux au moins contre un.”
“La force de l’Empire va toujours croissant. L’Angleterre est la citadelle mais le théâtre de la guerre est le monde entier.”
Les chinois s’attendent à une Grande Offensive Japonaise
Chungking, 25 Août. – Dans l’attente d’une grande offensive Japonaise d’automne, les autorités Chinoises consacrent tous leurs efforts à des préparatifs militaires.
On s’attend à ce que l’attaque ait lieu sur la rive sud du Yang-Tsé en direction de Tchoung-King et de la riche province du Se-Tchouen, peuplée de 50 millions d’habitants et centre de la résistance chinoise.
ARRIVÉE À LISBONNE DE MARINS RESCAPÉS
Lisbonne, 25 Août. – 29 survivants du Rad, pétrolier Jugo-Slave, de 500 tonnes, sont arrivés aujourd’hui à Lisbonne à bord du vapeur pétrolier “Guni.”
Le vapeur pétrolier “Lima” est arrivé avec 40 survivants du navire anglais “Fame” qui fut torpillé le 12 Août à 200 miles de San Miguel. – (Reuter)
CHURCHILL ET LA FRANCE
A plusieurs reprises, depuis la capitulation du gouvernement de VICHY, le Premier Ministre britannique a exprimé ses sentiments à l’égard de notre pays. Jamais peut-être il ne l’avait fait avec plus de force et de chaleur que dans son dernier discours aux Communes, le 20 Août.
Étant donné l’importance de cette déclaration, “France” a cru devoir la montre sous les yeux de ses lecteurs.
Même si la France métropolitaine se trouvait temporairement hors d’action, il n’y avait pas de raisons pour que la marine française, une partie importante de l’armée de terre, l’aviation française et l’Empire français ne continuassent pas la lutte à nos côtés. Protégée par une puissance maritime écrasante, possédant des bases stratégiques d’importance capitale et d’amples ressources monétaires, la France aurait pu demeurer un des grands combattants de la lutte. En agissant ainsi la France aurait pu assurer la continuité de son existence, et l’Empire français aurait pu collaborer avec l’Empire britannique au rétablissement de l’indépendance et de l’intégrité de la mère patrie.
“La plupart des autres pays envahis à présent par l’Allemagne ont persévéré avec foi et vaillance. Les Tchèques, les Polonais, les Norvégiens, les Hollandais, les Belges sont encore présents sur le champ de bataille, l’épée à la main, reconnus par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis comme les seuls représentants autorisés les gouvernements légaux de leurs Etats respectifs. Que le France seule gise à présent prostrée, c’est le crime, non d’une grande et noble nation, mais de ceux que l’on nomme les Hommes de Vichy. Nous éprouvons une profonde sympathie à l’égard du peuple français. Notre vieille camaraderie avec la France n’est pas morte. Elle a trouvé une forme effective dans le Général de Gaulle et sa vaillante troupe. Ces Français libres ont été condamnés à mort par Vichy, mais le jour viendra, aussi sûrement que le soleil surgira demain, où leurs noms seront tenus en honneur et gravés sur la pierre dans les rues et les villages d’une France restaurée au sein d’une Europe rétablie dans sa pleine liberté et son ancienne gloire”
LES GROS CANON ALLEMANDS SONT PROBABLEMENT D’ORIGINE FRANÇAISE.
Les canons à longue portée employés par les Allemands pour bombarder la rive anglaise du Pas-de-Calais, sont probablement d’origine française. On sait que les Français avaient disposé des pièces d’artillerie à longue portée, derrière la ligne Maginot.
La calibre des obus qui ont atteint la rive anglaise correspond en effet à celui de cette artillerie. Celle-ci était mobile et pouvait se déplacer voie ferrée.
DES AVIONS SUR LA SUISSE
Berne, 25 Août. – Un communiqué publié par le Quartier Général annonce qu’hier entre 11 heures du soir et 2 heures du matin, des avions étrangers, probablement de nationalité Britannique, ont survolé la Suisse.
LES SPORTS
ALERTE ET CRICKET
En attendant la réouverture officielle de la saison de football, samedi prochain, le cricket a continué avant hier comme si rien n’était.
A Lord’s pendant le match entre l’équipe des “aérostiers” chargés des “saucisses” de Londres et la Garde Écossaise, la partie fut interrompue par l’alerte, privant les Aérostiers d’une victoire certaine, ses joueurs ayant marqué 309 pour 3 wickets.
Un match d’entrainement de football se continua malgré l’alerte, un autre fut interrompu à la demande de la police: L’arbitre n’avait pas entendu les sirènes tant les cris des spectateurs étaient assourdissants ! Après l’alerte, l’arbitre reprit son sifflet.
Ajoutons que Denis Compton, bien connu des sportifs parisiens qui se souviennent de ses exploits à Colombes et au Parc des Princes dans l’équipe d’Arsenal, fut l’un des meilleurs joueurs de cette saison de cricket qui touche à sa fin.
EN BREF:
D’après Radio-Lyon, les communications téléphoniques reprendraient prochainement entre la zone occupée et la zone libre.
Billets pour les Belges.
COLLABORATION
La France libre fait paraître un journal quotidien. Nous en sommes, nous, Belges, heureux à un double titre.
D’abord, parce que chaque jour, il nous manquait cette “nourriture terrestre”: des informations, des articles qui soient l’expression de la pensée français. Chaque Belge lisait au moins un quotidien français. Depuis les premiers jours de juin, le grand silence de la presse de Paris, puis de la province (nous ne parlons pas de ce qui paraît aux mains de l’ennemi) fait partie du gouffre dans lequel nous avons été précipités.
Ensuite parce que nos amis nous convient à leur communiquer chaque jour, pour publication dans ce journal, le fait essentiel ou les informations diverses qui intéressent particulièrement nos compatriotes.
Nous les en remercions sincèrement. Et cela nous permettra non seulement de disposer d’un moyen d’information rapide, dont nous manquons, mais aussi d’amorcer une collaboration que nous voyons susceptible du plus grand avenir.
UN MESSAGE A L’ASSOCIATION DES FRANÇAIS DE GRANDE-BRETAGNE
M.T.J Guéritte, Président de l’Association des Français de Grande-Bretagne, 14, Palmier Street, London, S.W.1, nous a communiqué le texte du message suivant qu’il adresse à tous ses compatriotes, membres de ce groupement:
Mes chers compatriotes et collègues,
“Ceux d’entre vous qui habitent loin de Londres, n’ont pu être tenus au courant de la marche de notre association pendant les quatres semaines qui se sont écoulées depuis le premier appel qui leur fut lancé par le petit groupe de ses fondateurs.”
“Ils apprendront donc que la première quinzaine, ayant amené plusieurs centaines d’adhésions, l’Assemblée Générale de constitution ont lieu le Samedi 27 Juillet, dans le grand amphithéâtre du Y.M.C.A. De Londres, en présence de plus de *** compatriotes. La création de l’association y fut décidée et les statuts acceptés à l’unanimité; les membres du Comité de Direction furent élus. Nous en publierons la ****** demain.”
“Le Lundi 29, le Comité procédait à l’élection du Bureau. Furent nommés: Président: M.T.J. Guéritte; Vice-Présidents: M.P. de **alglaive, M. Alfred Boucher; Trésorier: M.E. Armelin; Secrétaire: *. Semet.”
“C’est donc à moi que revient l’honneur de vous remercier tous de la confiance que vous nous avez faite *** de vous présenter ce premier rapport bien modeste.”
“Je vous rappelle que notre association, qui est en dehors de tout parti, groupe à titre individuel ceux de nos compatriotes de toutes professions, ou sans profession, résidant dans le Royaume-Uni, et désirant offrir au Gouvernement Britannique leur aide active en vue de la victoire qui doit amener la libération de la France; qu’elle n’est inféodée à aucun gouvernement, à aucune personne, mais qu’elle collabore en toute indépendance avec ceux qui poursuivent ce même but, et en particulier avec le Général de Gaulle, dont tous les Français libres admirent le calme courage et l’esprit d’indépendance, et dont les radiodiffusions, d’après des renseignements très sûrs qui nous sont parvenus de France tout récemment, remettent l’espoir au coeur de nos nombreux compatriotes qui, en dépit des interdictions, continuent à l’écouter. Votre bureau, depuis son élection , a eu, avec les autorités britanniques, de nombreuses et très cordiales entrevues qui nous permettent de bien augurer de l’avenir.”
“Je tiens également à remercier le Journal quotidien “France” publié avec notre patronage, qui veut bien nous offrir l’hospitalité dans ses colonnes dès son premier numéro. Je vous engage à suivre cet effort, à le soutenir par tous vos moyens. Je vous conseille de vous abonner à cette publication dans laquelle vous trouverez chaque jour des nouvelles intéressantes. Demandez à vos amis de s’y abonner eux-mêmes.”
Le Président, T.J Guéritte.
A travers la presse française
LES JOURNAUX DE VICHY
Les défaitistes qui, depuis le début de la guerre, s’étaient imposés quelque retenue, s’en donnent maintenant à cœur joie. Ils servent librement la cause de l’Allemagne.
M. Marcel Déat prend allègrement la tête du peloton hitlérien: ce qui lui vaut l’honneur d’être cité avec éloges par l’organe allemand que M Abetz fait paraître à Paris, “La France au Travail.”
Dans “L’Oeuvre,” M. Marcel Déat prend son parti de la “revanche” que l’Allemagne a prise sur nous et il trouve tout naturel qu’elle le veuille exploiter. Il l’encourage même:
Nous n’avons pas les moyens d’empêcher l’Allemagne d’agir. Notre arme aujourd’hui est notre volonté de vivre, notre union, la force de notre révolution interne. L’Allemagne ne peut penser à annihiler un pays dont le fonds matériel et moral est indispensable à l’Europe. L’Allemagne pourrait nous prendre en charge, mais elle a déjà tant de tâches à accomplir qu’elle n’y ajouterait celle-ci qu’en face d’un refus. Nous ne devons lui donner aucune raison ou cause d’en arriver la. Il n’est pas question de se plier servilement au vainqueur, mais de rechercher avec lui une entente positive. Nos richesses nous en donnent le pouvoir, ayons confiance en elles.
M. Déat est un sophiste qui n’a d’ailleurs rien de séduisant: il conseille la soumission au vainqueur; moyennant quoi, celui-ci n’aura pas de raison de l’exiger. Usant d’un euphémisme, le collaborateur de M. Jean Piot appelle cela une entente positive. Le planiste de M. Déat le mène jusqu’à Berlin.
Il n’y va d’ailleurs pas tout seul. Les défaitistes de parti socialiste l’accompagnent. Dans “L’Effort,” où collabore M. Spinasse, on lit une leçon sévère à l’adresse des membres de ce parti qui furent résistants.
Les amis de M. Paul Faure écrivent:
L’idée d’une conférence internationale ne reçut pas un appui suffisant. Ceux qui sourirent à l’idée d’une croisade pacifique, sont responsables de la terrible situation de leur pays aujourd’hui. Ceux qui furent responsables, lorsqu’il y avait encore une chance de maintenir la paix, peuvent être trouvés partout. Ceux qui se soumirent simplement devraient avoir la décence de garder le silence.
Il ne manque à cet article que le nom du chef de la croisade pacifiste: il s’appelle Goebbels, et son délégué Abetz est maintenant à Paris.
A ces défaitistes, Paris-Soir, qui ne s’est pourtant pas signalé par son indépendance, apporte une intéressante réponse:
Il est remarquable que, au milieu d’une bataille décisive, Berlin soudainement annonce le renforcement du blocus comme s’il était nécessaire d’envisager une guerre longue.
La résistance de la Grande-Bretagne réduit la superbe de l’Allemagne. La France n’aurait pas touché, pour parler comme “Le Temps,” jusqu’aux extrêmes limites de l’humiliation, si elle avait résisté. Or, ce sont les campagnes des Déat et des Paul Faure, c’est l’action des Bonnet et de la canaille hitlérienne qui lui ont coupé les jarrets. Les responsables de la défaite “devraient avoir la décence de garder le silence.”
FASCISME DE DÉFAITE
M. BAUDOUIN parle de réorganiser l’Europe comme s’il était vraiment lieutenant d’Hitler. Cynisme? Je ne veux pas le croire. Il demeure tel qu’il fut quand il décida, de par ses manœuvres occultes, de la capitulation française. Il s’imagina qu’Hitler se contenterait de ravir à la France quelques-unes de ses colonies, et qu’il l’aiderait ensuite à se relever, à prendre dans le monde la place que lui mérite son Histoire. Son chef, le Maréchal Pétain, a dit pourtant ces jours derniers qu’il n’avait pas les mains libres. Le Führer, il l’a reconnu, tient la corde au bout de laquelle il s’agite, il la tend ou la détend suivant les besoins de sa politique.
Quel Français n’a pu lire sans émotion le discours de M. Baudouin sur le blocus, le “blocus inhumain” de la France par l’Angleterre. S’il était vrai que notre pays fût réduit à la famine par M.Churchill, nous nous détournerions du Premier britannique avec horreur en lui demandant de nous enfermer dans un camp de concentration pendant toute la durée de la guerre, mais la vérité a été vilainement travestie par le Ministre des Affaires Étrangères de Vichy. En fait, la France souffre de privations parce qu’Hitler lui a pris toutes ses richesses agricoles pour les diriger vers son pays. Celles que pourrait envoyer demain l’Amérique prendraient le même chemin si M.Churchill ne les arrêtait en mer.
M.Baudouin déclare qu’Hitler a promis qu’il n’y toucherait pas. Ah, le bon billet qu’a en mains le Ministre des Affaires Étrangères de Vichy ! Qu”il nous dise la promesse qu’a jamais tenue Hitler! Le mensonge est pieux pour le Führer, chaque fois qu’il profite au peuple allemand dont la mission historique est de réduire en servitude les peuples conquis. Il l’a dit, il l’a redit; M. Baudouin peut-il ne pas l’avoir entendu?
Le fascisme est partout fascisme de victoire. Il est en France fascisme de défaite. M. Baudouin ne date que de la défaite française du 10 Mai la régénération du peuple français!
M. Baudouin ne veut pas que la France soit sauvée par l’Angleterre; il n’y a pourtant que l’Angleterre qui la puisse sauver.
INCENDIES DE FORÊTS PRÈS DE TOULON.
Vichy. 25 Août. – Des forêts sont en flamme dans la région de Toulon: plus de 6000 hectares ont éré détruits.
Les troupes de Toulon combattent l’incendie.
UN NOUVEAU JUGE AU TRIBUNAL SPÉCIAL
Frontière Française, 23 Août. – Au cours d’un conseil de Cabinet, le Gouvernement a nommé M. Marcel Denis membre de la Cour Suprême de Justice.
LA GESTAPO S’INSTALLE EN FRANCE INOCCUPÉE
Frontière espagnole, 24 Août. La distinction entre la France occupée et la France non-occupée paraît bien artificielle.
Des officiers allemands et des agents de la Gestapo sont installés dans les grandes villes. A Toulouse notamment, ils occupent l’un des principaux hôtels de la ville: les officiers s’affichent en uniforme.
La Gestapo, affirme un neutre qui revient de ces régions, fonctionne et témoigne d’une très grande activité.
IL Y AURA DU VIN EN FRANCE… MAIS LES NAZIS LE BOIRONT
Vichy, 23 Août. – On s’attend à une abondante récolte de vin en France, annonce aujourd’hui l’Agence Havas. Mais la population est avisée que la consommation en sera réduite: le vin en sera envoyé en Allemagne et en Europe Centrale.
La récolte en Algérie où d’importants stocks de 1929 restent encore, sera également très bonne. On l’évalue à près de six millions d’hectolitres. Les Français ne pourront pas boire davantage ce vin que celui du Midi ou des autres régions de la métropole.
M. SCAPINI, CHARGÉ DE MISSION AUPRÈS DU GOUVERNEMENT ALLEMAND
Vichy, 24 Août. M. Scapini, député, a été chargé par le Gouvernement de Vichy d’entamer des négociations avec l’Allemagne en vue de la libération des prisonniers de guerre français.
M. Scapini était avec M. de Brinon, un des éléments les plus agissants du comité France-Allemagne, dirigé par Abetz.
LE PRIX DU BLÉ AUGMENTE EN FRANCE
Frontière Française, 25 Août. – Le prix du blé a été fixé en France non occupée à 214 francs. Le prix du stockage a été porté de 1 franc 50 à 2 francs par quintal et par mois. Le prix du pain reste au niveau actuel. Le pain est le seul aliment de base qui n’a pas été rationné, grâce aux stocks de l’an dernier, lesquels ont été constitués par l’office du Blé.
En raison du prix très élevé des autres denrées, le pain va devenir l’élément essentiel de l’alimentation.
M. JEAN ZAY CONDAMNÉ À DEUX ANS DE PRISON
M. Jean Zay, Ministre de l’Education Nationale dans le Cabinet Daladier, vient d’être condamné à deux ans de prison, pour désertion, par le tribunal militaire de Clermont-Ferrand. C’est la première condamnation prononcée contre un des Ministres poursuivis par le gouvernement de Vichy.
Lorsqu’il partit pour le Maroc avec un groupe de parlementaires français, M. Jean Zay était muni, comme ses collègues, d’une autorisation de s’embarquer sur le “Massilia.” Cette autorisation portait la signature de l’Amiral Dumesnil qui, dans cette affaire, s’était mis au préalable en accord avec le Ministre de l’Intérieur, M. Pomaret.
On peut supposer que si les juges avaient tenu pour vraie l’inculpation de désertion, ils auraient infligé, le maximum de la peine prévenue à cet officier, ancien Ministre, qui, au début de la guerre, avait donné sa démission pour s’engager dans l’armée.
M. MICHELIN EST MORT
Clermont-Ferrand, 25 Août 1940. M. Edouard Michelin, fondateur de la Fabrique française de pneumatique qui porte son nom, est mort aujourd’hui. Il était âgé de 84 ans.
82 GRANDS BLESSÉS FRANÇAIS RAPATRIÉS
Frontière Française, 23 Août. – Le premier train de grands blessés français rapatriés d’Allemagne est arrivé à Lyon ce matin.
Il y avait en tout 82 blessés dont le Général Boell. Ils étaient accompagnés de médecins et d’infirmières français et suisses.
NOMBREUX RAIDS NAZIS
75 AVIONS ALLEMANDS ABATTUS
ATTAQUES SUR LA RÉGION DE LONDRES ET LE SUD-EST DE L’ANGLETERRE
Dans la nuit d’avant-hier, plusieurs centaines d’avions ennemis, opérant pour la plupart individuellement, ont laissé tomber des bombes sur de nombreux points de l’Angleterre entre autres la région de Londres et le sud du pays de Galles. Les défenses anti-aériennes entrèrent en action en plusieurs endroits et les chasseurs prirent part à la défense.
Dans la région de Londres, les bombes incendiaires allumèrent plusieurs incendies qui furent aisément maîtrisés.
Un grand nombre de bombes explosives furent aussi lancées mais, si certains dommages sont à déplorer, il est certain que la grande attaque, lancée sur Londres, n’a pas réussi et a coûté aux Allemands 45 appareils.
Ce fut une des plus fortes attaques que l’Angleterre ait eu à supporter et elle l’a fait vaillamment au cours de combats aériens qui durèrent de l’aube à la nuit. Les appareils ennemis qui arrivaient, vagues après vagues, n’ont pas réussi à remplir leur mission. Deux essais successifs pour percer les défenses de Londres ont été repoussés.
PAS UN OBJECTIF MILITAIRE ATTEINT.
Si les bombardiers allemands qui attaquèrent les environs de Londres avaient quelques objectifs militaires en vue, ils auraient été profondément désappointés s’ils avaient pu examiner les endroits bombardés. Dans les environs de Londres, pas un seul objectif militaire n’a été touché. Les aviateurs nazis ne réussirent qu’à mettre le feu à un bloc d’immeubles, occupé par des bureaux inoccupés; à endommager une banque, un café, un magasin et plusieurs autres bâtiments commerciaux.
Un hôpital fut également atteint par une bombe incendiaire qui fut heureusement éteinte avant d’avoir pu endommager le bâtiment.
Un communiqué officiel annonce un petit nombre de blessés et quelques tués parmi la population civile.
LE CALME DE LA POPULATION LONDONIENNE.
Chacun a fait preuve du plus grand sang-froid et d’un calme parfait au cours de ces raids sérieux.
La première alerte fut sonnée lorsque la foule qui sortait des théâtres et des cinémas se trouvait dans les rues. Elle se dirigea vers les abris.
Dans les West-End, le quartier de grands théâtres et des cinémas à la mode, les gens qui soupaient se trouvèrent retenus plus longtemps qu’ils ne l’auraient désiré. Dès que le signal de fin d’alerte sonna, ils se précipitèrent vers le “Tube” et l’autobus pour apprendre que les services publics avaient fonctionné normalement et que les derniers trains étaient partis. Jusqu’à une heure tardive, des gens se promenaient encore dans le West-End et un veilleur de nuit a pu dire qu’il n’avait jamais vu autant de monde sur Piccadilly Circus à une heure aussi matinale.
EN PROVINCE
Au cours du même raid, Douvre a été bombardé par avions et par des canons, tirant de la côte française.
Des milliers de bombes incendiaires jetées dans une région du Sud Ouest n’ont causé que des dégats superficiels. Trois bombes sont tombées près de réservoirs d’eau mais le seul dommage fut limité à des bris de carreaux. Les défenses anti-aériennes entrèrent en action.
LE RAID SUR RAMSGATE
Dans le Kent, et en particulier sur Ramsgate, les vagues d’avions nazis n’ont cessé de jeter des bombes explosives et incendiaires pendant une grande partie de la journée.
Les dégâts ont été très graves, des dégâts matériels principalement, les habitants étant pour la plupart dans leurs abris.
Sans aucune raison militaire, des centaines de maisons de la ville ont été détruites, plusieurs bâtiments publics ont également été atteints.
L’usine à gaz a été endommagée et le service a dû être temporairement suspendu.
500 AVIONS SUR PORTSMOUTH
Le raid sur Portsmouth dirigé principalement sur des objectifs militaires, les docks et le port, n’a pu être mené à bonne fin sur ces derniers objectifs. Les avions allemands ont été chassés par les défenses.
DERNIÈRE MINUTE
RAIDS SUR STUTTGART, LUDWIGSHAFEN, FRANCFORT ET MILAN
Un communiqué dans la soirée d’hier annonçait que la R.A.F avait bombardé l’importante usine DAIMLER-BENZ à Stuttgart, la célèbre usine d’ammoniaque synthétique à Ludwigshafen et une fabrique de pétrole synthétique à Francfort-sur-le-Mein.
La R.A.F a également bombardé des aérodromes dans les régions occupées par l’Allemagne. Elle a touché d’importants objectifs militaires italiens, notamment à Milan.
AVERTISSEMENT AMÉRICAIN AU JAPON
Washington, 26 Août. – Le Département d’Etat a adressé à Tokyo une note constituant un “sérieux avertissement contre la violation des droits américains du Japon.” (Reuter.)
